Un patriotisme jamais démenti

Un patriotisme jamais démenti. Liamine Zeroual avait consacré sa vie entière à la patrie. En serviteur discret de celle-ci, dans l’ombre sa voix continuait d’éclairer.
Les Algériens garderont du défunt président cette image qui fait que même éloigné des responsabilités, Liamine Zeroual n’a jamais cessé d’accompagner le destin de l’Algérie. Par la plume, il intervenait avec régularité sur les réseaux sociaux pour rappeler les leçons de l’histoire, appeler à l’unité ou saluer les rendez-vous mémoriels de la République, et ce, jusqu’à son dernier souffle. En effet, l’ancien président de la République, décédé, samedi en début de soirée à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja, après une longue maladie, laisse l’image d’un homme qui, loin des projecteurs, a continué d’éclairer le chemin de la nation par des messages de sagesse et de vigilance.
Le choix de la discrétion
Natif de la wilaya de Batna en 1941, Liamine Zeroual a bâti l’essentiel de son parcours au sein de l’Armée nationale populaire (ANP) après avoir été au sein de l’ALN pendant la Guerre de libération. Ancien moudjahid, il a accompli toutes ses classes dans les forces armées après l’indépendance, gravissant les échelons avec discrétion et rigueur.
En 1993, le général Zeroual, alors chef d’état-major en retraite, est nommé ministre de la Défense en remplacement de Khaled Nezzar, désigné membre du Haut Comité d’État (HCE). Élu président de la République en septembre 1995, il a dirigé le pays durant des années particulièrement complexes. Durant ce mandat, l’Algérie a affronté une période cruciale de son histoire. Outre de graves difficultés économiques, le pays faisait face à une violence inouïe. Depuis son retrait de la vie politique, Liamine Zeroual avait choisi la discrétion, vivant tranquillement dans sa ville natale. Mais il n’a pas rompu pour autant avec l’expression publique.
Sur sa page Facebook, il continuait d’intervenir à chaque rendez-vous national majeur. A titre illustratif, dans son dernier message à l’occasion de l’Aïd El Fitr, il a appelé à la cohésion nationale. Par ailleurs, il a commémoré le 19 Mars 1962 comme «fruit d’un djihad sacré mené par le peuple algérien contre les forces de l’injustice et du colonialisme», rappelant que «le peuple algérien, qui a sacrifié ce qu’il a de plus précieux pour libérer et construire l’Algérie, est appelé aujourd’hui, femmes et hommes, jeunes et anciens, à l’unité vigilante et à la mobilisation pour préserver la sécurité de notre pays».
En outre, chaque prise de parole, rédigée dans un style sobre et solennel, réaffirmait son attachement aux valeurs de la Révolution, à l’unité nationale et à la vigilance face aux visées de déstabilisation des États-nations.
Zeroual a placé l’intérêt de l’Algérie au dessus de toute considération
Évoquant la tragédie du 8 Mai 1945, il écrivait ainsi: «Elle reste gravée dans la mémoire collective nationale et revient chaque année à son rendez-vous pour nous rappeler ce qu’a enduré notre peuple durant un siècle et quart de souffrances», ajoutant que «cette tragédie fut le plus grand catalyseur de la mobilisation du peuple algérien pour planter le premier clou dans le cercueil du colonialisme».
Quant aux commémorations du 20 Août, il soulignait que «l’espoir est que le rassemblement de notre peuple en cette date double, marquant les combats du 20 août 1955 et le de 1956, soit une occasion de renforcer notre effort commun pour surmonter les défis d’aujourd’hui avec une vigilance accrue afin de protéger la sécurité de l’Algérie».
En définitive, les Algériens garderont de Liamine Zeroual l’image d’un homme intègre et honnête, un dirigeant qui a su, dans l’adversité, placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de toute considération. Même dans l’ombre, il n’a jamais manqué un rendez-vous avec l’histoire de son pays, intervenant avec mesure pour transmettre des messages de sagesse, de patience et de responsabilité.
Jusqu’au bout, celui qui fut ministre de la Défense et premier magistrat du pays est resté fidèle à sa conception du devoir: servir, sans bruit, mais avec constance. En somme, son héritage demeure celui d’un serviteur de l’Algérie qui, par la parole et par l’exemple, a toujours placé la nation au cœur de son engagement.
Karima Alloun